Consommé d’artistes 3 / ailleurs et maintenant


Après avoir été la surface d’échange directe entre la galerie, les artistes et la rue, Lavitrine pour cette troisième mouture est cette fois l’écho d’une action se déroulant dans un lieu, une ville, ailleurs, mais maintenant, un maintenant pouvant être différé. Les artistes proposent ici des performances qui jouent de cette confusion contemporaine entre le lieu et le temps de l’action et son lieu et son temps de réception. Ils usent des outils de la virtualité en créant des parasitages, des combinaisons, des détournements ou encore des désorientations. Techniques, critiques, politiques, ludiques et expérimentales, leurs approches les amènent, dans ce temps singulier d’exposition, à en découdre avec la question de la trace. Le groupe Art erroriste prend sa source dans l’errorisme, lui-même issu du mot erreur. Il cultive le lapsus, le grain de sable et s’applique avec jubilation à pointer les dysfonctionnements jusqu’aux plus imperceptibles pour en faire une matière artistique. Politiquement incorrects ils proposent ici un discours d’élu pré-mâché appliqué à l’inauguration d’un lieu destiné à l’art contemporain. Le simulacre, réalisé avec la vidéo d’un faux élu lisant le discours avec les blancs, dans le lieu vide, est projeté au moment du vernissage comme une complète mise en abîme. Eve Ariza s’adonne au parasitage caustique et engagé en transformant le vent du flux de communication qui nous submerge, en support de travail. Les bla, poussés jusque dans leurs retranchements, sont livrés en pâture, triturés, malmenés et paradoxalement aimés. Un site internet, livre dans cette exposition les différentes expériences réalisées avec ce qu’elle nomme un « bla de frappe », sac de boxe rose tatoué d’un bla blanc. L’objet est installé dans la salle d’exposition comme un appel à réaction pour les visiteurs. La performance est ainsi démultipliée dans l’espace et dans le temps. La compression de l’espace temps revisité par Pan Cheng Yu à partir de l’idée de « trous de vers » est une incitation à la rêverie fantastique et un véritable miroir des distorsions perceptives qu’implique le rapport à la toile. Entre magie et perte de repères il nous incite à prendre en charge nos supports de communication et à mesurer ses effets sur notre construction intellectuelle même. Amandine Dovelos réinvestie le mythe d’Ariane et de la ville entre errance et quête de traces, elle se défile dans le labyrinthe jusqu’à la nudité. Elle nous perd dans le temps et crée des impasses. La circulation qu’elle improvise et nous transmet à l’aide d’images, de sons et de dessin agit comme un écho à nos circulations internet où un « fil d’ariane » mémorise l’arborescence des rubriques que nous avons traversées. Le temps de l’atelier, dans le travail d’Aurélie Gatet est ici ouvert mais de manière calculée : sous couvert de se montrer elle se cache. Il s’agit d’un jeu d’exposition de soi, d’une confusion sciemment entretenue dans les temps donnés à voir. Elle propose une action qui se déroule effectivement au moment de la performance attendue, mais loin des yeux, avec en amorce d’autres réalisées en amont. Une intimité émerge de ce face à face et impulse une sorte de malaise dans cette proximité. La météorologie est une source de fascination et un outil de travail pour Hanna Husberg qui l’investit de manière poétique. Sa recherche s’habille d’atmosphère et de respiration. Elle joue ici de la distance en inscrivant dans l’espace une installation remplie de son univers où sa voix nous guide. Elle propose une action qui est plus une impulsion de départ dans l’environnement qu’elle dessine et son appréhension à venir. A travers une approche généreuse, Fenfei Zhang tente, à l’aide de multiples actions ancrées sur un territoire étreint par le chômage et la pauvreté, de créer des liens avec les gens et de les pousser vers un questionnement sur l’essentiel du bonheur. Allant des marchés populaires aux cuisines familiales, elle utilise ces lieux traditionnels pour tisser une réflexion qu’elle nous livre au sein de l’exposition à travers des photo et un site internet. « .n Lambda » correspond à une universalisation de l’espace d’occupation d’un corps. La forme dégagée par les différentes interventions, dans les différents lieux est comme une évocation poétique de la théorie des fractales. L’espace critique s’installe en creux à travers la question de la trace où les vidéos, le jour d’après l’action, sont inversées et jouent le rôle de gomme. L’ambiguïté d’une mémoire de la performance est ainsi interpellée et résonne avec l’inévitable réduction des espaces de liberté individuelle.

PARTENAIRES INSTITUTIONNELS >>>

L’association reçoit les soutiens du Ministère de la culture et de la communication – DRAC Limousin, de la Région Limousin et de la Ville de Limoges. Lacs- Lavitrine est membre de : − L’association Cinq/25, réseau art contemporain en Limousin − La Fraap ( Fédération des Réseaux et Associations d’Artistes Plasticiens)


 

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